mercredi 8 juin 2016

Une carte des usines de Paris


Une nouvelle carte pour découvrir les anciennes usines de Paris intra muros présentées sur ce blog (et quelques autres...). Il suffit de cliquer sur chaque usine pour en savoir plus !

dimanche 24 janvier 2016

Une nouvelle vie pour les Magasins généraux de Pantin


Les Magasins généraux de Pantin 
Chemin de hallage, Pantin 
Métro : Eglise de Pantin 

Du bois, de la farine, du fioul, des tissus, des papiers, du plâtre, des voitures, de la bière, du cacao, des graines, du beurre, du charbon, des moteurs, des antiquités… Que n’a-t-on pas stocké dans les Magasins généraux de Pantin ? Les marchandises venaient de toute l’Europe, et même des Etats-Unis, pour approvisionner Paris. Ces deux imposants blocs de béton armé posés au bord du canal de l’Ourcq, près de la capitale, servaient d’immense étagère.

Désaffectés depuis 2004, devenus une « cathédrale du graff », les Magasins généraux de Pantin s’apprêtent à connaître une deuxième vie. Les deux bâtiments reliés par des passerelles, entourés de coursives et surmontés d’une tour ont été réhabilités par l’architecte Frédéric Jung. Au printemps 2016, Havas va y installer le siège d’une de ses agences, BETC. Plus de 700 publicitaires y prendront le relais des dockers, des grutiers et des brigadiers des douanes.

Jean-Luc Rigaud, chercheur en histoire des techniques, a saisi l’occasion pour explorer les archives et retracer dans un livre richement illustré l’histoire tumultueuse de ces entrepôts jumeaux. Il raconte à la fois l’industrialisation de la banlieue et l’entrée de la France dans le grand jeu des échanges internationaux. La mondialisation passe par Pantin !

Les débuts sont très laborieux. A la fin des années 1920, la chambre de commerce de Paris est autorisée à ouvrir à Pantin un nouveau port et des lieux de stockage, ces fameux Magasins généraux. La concession est accordée pour cinquante ans. Mais pour des raisons budgétaires, il y a des malfaçons, l’eau s’infiltre, des fissures apparaissent. Les bâtiments à peine sortis de terre, de gros travaux sont indispensables.

Nouveau coup dur les années suivantes : l’Etat instaure un monopole sur les blés et l’alcool, privant les Magasins de deux marchés-clés. Sans compter la crise des années 1930. A partir de là, les entrepôts fonctionnent au ralenti. « Pantin, port inerte », titre L’Humanité.

Ce n’est qu’après le passage des Allemands puis des Américains, suivi d’un incendie en 1947, que les Magasins généraux redémarrent. Cette fois-ci, le succès est assuré. Les « Trente Glorieuses » et l’essor des importations transforment Pantin en centre de dédouanement majeur. Les semi-remorques font la queue. Jusqu’à ce que la crise de 1974 et la concurrence d’installations plus modernes fassent péricliter l’activité. Lorsque le maire de Pantin refuse un projet d’extension du fret routier en centre-ville, le sort des Magasins est scellé.

A l'intérieur des bâtiments

En d’autres temps, de tels bâtiments auraient été rasés. Mais, depuis quelques années, l’intérêt pour le patrimoine industriel pousse à protéger ce type de vestiges. A Pantin, plusieurs pistes ont été envisagées pour transformer les Magasins généraux en école d’architecture ou d’électronique, en centre d’exposition d’antiquités ou encore en laboratoire pour Chanel, avant que la solution de BETC ne s’impose. Et grâce à un site Internet spécifique, même la mémoire des graffitis a été sauvegardée.

Article paru dans Le Monde du 20 janvier 2016

A lire : « Les Magasins généraux de Pantin. Histoires de mutations », de Jean-Luc Rigaud (éditions Lieux Dits, 168 p., 23 euros).

A lire aussi : Pantin mise sur la renaissance de ses friches industrielles (Le Parisien, 22 janvier 2016) 

dimanche 10 janvier 2016

1936 : une usine flambe boulevard Richard-Lenoir

43 boulevard Richard-Lenoir
Métro Saint-Ambroise

Drame à Paris, il y a 80 ans. Un atelier d'articles de Paris situé boulevard Richard-Lenoir, dans le 11e arrondissement, est ravagé par un incendie. Son propriétaire, un certain M. Roussel, qui habitait juste à côté, tue son épouse puis se suicide. 

Depuis, les usines ont quitté Paris, et la notion même d'articles de Paris a disparu. 

Extrait du quotidien Paris-Soir, 11 janvier 1936 :  


lundi 15 juin 2015

Les chaussures Pinet, l’industrie rue de Paradis

La façade du 44 rue de Paradis, avec ses inscriptions et ses cariatides


La rue de Paradis, non loin de la gare de l’est, a été au dix-neuvième siècle un haut lieu industriel. A l’époque où elle s’appelait encore rue Paradis-Poissonnière, elle accueillait des entreprises de fonderie, de cristal, de porcelaine, de faïence, de textile, etc. Les immeubles de la manufacture de chaussures François Pinet, aux numéros 42 et 44, témoignent de ce passé.

La façade la plus spectaculaire est celle du 42. Entre le rez-de-chaussée et le premier étage, on peut toujours y lire les inscriptions «CHAUSSURES», «F PINET» et de nouveau «CHAUSSURES» sur un fond de mosaïque. Juste au-dessus, deux cariatides, œuvres du sculpteur Léon Auguste Perrey, symbolisent le travail (à gauche) et le commerce (à droite).

François Pinet est né 1817 à Château-la-Vallière (Indre-et-Loire). Son père était déjà cordonnier. En 1830, à 13 ans, il est placé en apprentissage chez un cordonnier du voisinage puis, en 1830, entame le traditionnel tour de France des compagnons. 

C’est en 1855 qu’à 37 ans, alors qu’il maîtrise toutes les techniques du métier, il prend un tournant décisif. Il quitte son employeur parisien, la maison Lucien Dreyfus, et crée sa propre société. Installé rue du Petit Lion Saint-Sauveur, l’actuelle rue Tiquetonne, en plein centre de Paris, il démarre avec quelques ouvriers seulement. 

Il exploite notamment les deux procédés qu’il a mis au point et fait breveter l’année précédente pour fabriquer des talons de chaussure moulés. L’extérieur est en cuir, mais l’intérieur est rempli de gutta-percha, de caoutchouc ou d’autres matières. Sa méthode permet de réduire le temps et le coût de fabrication.


François Pinet
Le succès est au rendez-vous. Si bien qu’en 1864, François Pinet fait construire de plus grands bâtiments au 44, rue Paradis-Poissonnière. Eclairés par une vaste verrière, ils associent des ateliers, des bureaux et un magasin. 

L’expansion de la Société des Chaussures F. Pinet se lit dans la géographie. En 1876, l’inventif cordonnier devient propriétaire du 42 de la rue Paradis, et du 3 et du 5 rue des Messageries, et peut ainsi étendre ses ateliers. 

Puis en 1885-1886, il reconstruit les bâtiments, comme le confirme l’indication «1886 Architecte R Gravereaux» sur celui du 44. 

Quatre étages d’habitation seront ajoutés bien plus tard, en 1925.

Au faite de sa puissance, François Pinet emploie 1200 personnes, et vend ses chaussures bien au-delà des frontières. « Ses élégantes chaussures ornent les pieds des Javanaises de tous les rangs », relève dès 1862 le Grand album des célébrités industrielles contemporaines. Il est considéré comme l’une des figures de la profession, porté à la tête de la fédération patronale du secteur, et obtient la légion d’honneur. Franc-maçon, il progresse parallèlement dans l’organisation maçonnique. 

Présentation de la manufacture F. Pinet en 1864 (doc BNF)

S’inspirant des idées sociales de Louis Blanc, il prend des mesures progressistes au sein de son entreprise : réduction du temps de travail, assurances chômage, maternité, maladie, retraite. 

«À lui tout seul il représente la seconde révolution industrielle du XIXe siècle : industrialisation de la fabrication des chaussures, réformes sociales et réorganisation du travail, gestion des coûts et du marché, nouvelles technologies», commente son arrière-arrière petit-fils Xavier Gille dans l’ouvrage qu’il lui a consacré («François Pinet, bottier des élégantes, 1817-1897», Éditions Hugues de Chivré, juin 2011).

Affiche publicitaire pour "la chaussure F. Pinet, Paris"

Après sa mort en 1897, la société des chaussures Pinet participe à la grande recomposition de cette industrie. Elle figure dans les années 1920-1930 parmi les nombreuses entités du "trust de la chaussure" aux mains du duo Nathan Ehrlich-Albert Oustric

Quand ce petit empire fait faillite, en février 1934, emporté dans un scandale, les chaussures Pinet disparaissent dans la débâcle. Fini le paradis…