dimanche 8 janvier 2017

Les six piscines cachées de Passy


L'un des bassins du réservoir de Passy, au-dessus de la rue Lauriston.
Au fond, la Tour Eiffel (décembre 2016)

Un autre des bassins à l'air libre (décembre 2016)
26, rue Copernic
Métro : Victor Hugo


De la rue, les passants ne voient qu'un long et haut mur gris, frappé à l'angle des rues Copernic et Lauriston des armoiries de Paris. Une fois passé la porte, apparaît un monde inattendu : de longs souterrains, des salles voûtées, un réseau de ruelles bordées de murs en meulière d'une impressionnante épaisseur, un petit escalier en colimaçon, et en haut, trois immenses bassins remplis d'eau, comme des piscines surélevées à l'air libre. 


Dans la partie souterraine (décembre 2016)


L'escalier en colimaçon permet
d'accéder aux bassins supérieurs (décembre 2016)
Bienvenue au réservoir de Passy, un des principaux lieux de stockage d'eau non potable de Paris. Il a été construit par l'ingénieur Eugène Belgrand à partir de 1858, et mis en service en 1866. Il est alimenté par l'eau de Seine captée à l'usine d'Auteuil

Cette eau est ensuite utilisée dans l'ouest de la capitale, notamment pour nettoyer les rues. 

"En cas d'incendie, les réservoirs fournissent un volume d'eau suffisant à l'alimentation des pompes", précise Jules Brunfaut dans  son ouvrage Hygiène publique, Les Odeurs de Paris, en 1882. 



L'installation comporte six réservoirs : deux sous terre, trois à ciel ouvert, et un dernier à moitié enterré, ajouté en 1898. Au total, la capacité de stockage atteint 56.500 mètres cubes, mais les bassins ne sont actuellement utilisés qu'à moitié. 

Sous-employé, ce havre paisible de 13 000 mètres carrés en plein cœur du 16ème arrondissement n'en est pas moins très apprécié des oiseaux, des poissons qui y vivent, et des riverains.
Les trois bassins supérieurs, vus du ciel 
Le troisième bassin à l'air libre (décembre 2016)


samedi 17 septembre 2016

La Maison Carré, une grande usine avenue de la Grande-Armée

45 avenue de la Grande-Armée (ancien numéro 41)
Métro Argentine  

Présentation de la Maison Carré dans le journal Le Constructeur (mars 1865)
Avenue de la Grande-Armée, plus rien ne subsiste de la grande usine Carré. Seuls quelques sièges de jardin mis parfois aux enchères ou chinés dans des brocantes en gardent le souvenir, inscrit dans un cartouche de métal soudé en haut du dossier : « Usine Carré, Breveté en Europe, Avenue de la Grande Armée 41. Paris »



De quoi se rappeler que dans la seconde moitié du dix-neuvième siècle, l’ouest parisien aussi était une terre industrielle, une fois passé la place de l’Etoile dans la direction de Neuilly.

C’est là, dans cette grande ligne droite qui s’appelle alors encore l’avenue de la Porte-Maillot, que Félix Carré crée son usine au cours des années 1850. Il y fabrique des sièges en métal jugés très innovants, et brevetés pour l’Europe. « Une véritable révolution », dit-on.

« Ce ne sont plus de ces sièges à mailles rigides, si désagréables au contact, et qui  ne manquaient jamais de laisser des traces sur les robes et sur les mantelets, lorsqu’ils ne les déchiraient pas », souligne en 1865 le Guide de l’étranger à Bordeaux, publié à l’occasion d’une exposition où sont présentés quelques spécimens des produits Carré. « Formés de larges bandes d’acier gracieusement groupées, les meubles de l’usine Carré ont une élasticité et un moelleux si agréable, qu’on les préfère aux fauteuils rembourrés car, à leur souplesse, ils joignent l’avantage de ne point s’échauffer. » 

Publicité pour l'Usine Carré, par Jules Chéret (1870)
Grâce à eux, l’entreprise remporte vite des prix lors de diverses expositions en Europe, et obtient d’importants marchés, notamment auprès de la Ville de Paris. Elle fournit par exemple les sièges installés au bois de Boulogne et dans les jardins des Champs-Elysées, ainsi que des serres monumentales.

Car le catalogue de la maison Carré ne se limite pas aux sièges. Une longue série d’équipements en fer pour l’extérieur y figure, comme le montre l’affiche composée par Jules Chéret en 1870 : des serres, donc, mais aussi des volières, des cages, des grilles, des marquises, des vérandas, des orangeries, des kiosques à musique, etc. La bourgeoisie de l’époque raffole des jardins, privés comme publics, ces nouvelles scènes d’un charmant théâtre social ? Félix Carré est l’un des premiers à profiter de cet engouement.

En 1870, il est aussi l’un des premiers à souffrir de l’attaque de Paris par l’armée prussienne. En avril, deux jours de suite, des obus traversent le toit et perforent une partie de l’usine. Un employé ramasse immédiatement les éclats d’obus et les vend aux amateurs. 

Extrait de l'Annuaire-almanach Didot-Bottin (1897)
L’établissement est cédé peu après à Guillaume Lichtenfelder, un industriel alsacien réfugié à Paris après l’annexion de sa région par l’Allemagne. Il accentue la diversification de l’entreprise au-delà des meubles vers la construction de charpentes en fer, de clôtures, de petits ponts en fer ou encore de poteaux télégraphiques. C’est lui qui fournit par exemple les halles couvertes de Levallois-Perret. En 1881, il est aussi retenu pour construire deux galeries en fer et en fonte pour relier le bâtiment principal de la mairie du 12e arrondissement à une salle de réunion annexe. 

L’aventure prend fin en 1890, pour une raison inconnue. L’entreprise a-t-elle fait faillite ? Le 8 novembre, à deux heures de l’après-midi, l’usine Carré est mise aux enchères dans l’étude de Me Deveille, avoué. Mise à prix 160.000 francs, elle est adjugée à 210.000 francs par un autre fabricant de meubles de jardin, Emile Wessbecher.

Après la folie des jardins, le quartier de la Grande-Armée est happé dans les années suivantes par la mode du vélo. L’ancienne usine Carré devient alors un dépôt de marques anglaises de cycles. 

Quelques années encore, et le quartier se convertit à l’automobile. Une vogue dont témoigne le siège de PSA, situé pendant plus de cinquante ans 75 avenue de la Grande-Armée

dimanche 7 août 2016

Rue d’Avron, le dernier vestige d’une cour industrielle

L'enseigne au 42 rue d'Avron (juillet 2016)

42 rue d'Avron 
Métro : Buzenval 

Rue d’Avron, au numéro 42, le porche est surmonté d’une vieille enseigne, en lettres blanches sur fond rouge sang-de-bœuf : 

« FABRICATION & REFECTION de TAPISSERIE-LITERIE. 
Style. MAISON MOSCA. Moderne
DESSUS de LITS. au Fond de la cour à droite. DOUBLE-RIDEAUX ».

Il faut entrer. La lourde porte une fois passée, apparaît une longue cour, et tout au fond, un petit bâtiment industriel surmonté d’une verrière et d’une frêle cheminée. Sur la droite, une volée de marches, et l’on se trouve nez à nez avec l’ancien atelier Mosca.

L'entrée de la cour (juillet 2016)

La Maison Mosca a été liquidée par le tribunal de commerce de Paris le 3 mai 2016

Cette fabrique de literie et de tapisserie était le dernier vestige professionnel d’une cour à mi-chemin entre l’artisanat et l’industrie typique de certains quartiers populaires parisiens, et désormais occupée presque exclusivement par des logements.

Au fond de la cour, un petit bâtiment industriel et, sur la droite, l'atelier Mosca (juillet 2016)
Un fondeur, Bonissent et Cie, est implanté sur place dès 1883. On y trouvera ensuite de l’ébénisterie, des déménageurs, et même à la fin des années 1920 un des premiers fabricants de postes de radio, Lux-Radio (« Tous les appareils marque Lux-Radio sont garantis comme réception, construction, puissance, pureté, sélectivité et sensibilité », assure la réclame en 1927). Tout cela cohabitant avec des appartements, une consultation départementale de nourrissons avec distribution de lait stérilisé, un foyer de vieillards, ou encore, vers 1938, le siège de l’harmonie franco-italienne Giuseppe-Verdi.

Courrier des Etablissements Poncet & Milon (avril 1918) 
Mais la principale activité, dès 1901 et au moins jusque dans les années 1950, est celle d’une entreprise de confection appelée A. Poncet, puis Milon Grymonprez, puis Établissements Poncet & Milon, enfin Milon, Thélot & Cie, au fil des changements d’associés. Des mouvements capitalistiques et familiaux tout à la fois : la fille du fondateur Albert Poncet, Jeanne-Marie, épousera Jules-Léon Milon. 

A la fin des années 1910, le dessin gravé en tête des factures de Poncet & Milon montre une imposante fabrique dont le siège se situe aux 40 et 42 rue d’Avron, mais qui occupe en réalité tout un quadrilatère, et dispose d’une annexe à côté, aux 5 et 7 rue des Grands-Champs. De cette double manufacture fière de ses grosses cheminées fumantes sort toute une série d’articles pour dames et enfants : jupes et jupons, tabliers, capuchons pour fillettes, blouses, corsages, chemises, peignoirs, etc. 

Durant la seconde guerre mondiale, la cour du 42 rue d’Avron n’est pas épargnée. « En raison de son état de santé », Justin Jacques Lévy, alors l’un des associés de l’entreprise de confection, cède opportunément ses parts en novembre 1940 à ses partenaires Jules Milon, Robert Milon et Georges Thélot. C’est de force que les dirigeants juifs des autres sociétés de la cour – Société Parisienne d’Ameublement, Société Parisienne d’Ebénisterie, déménagements Confort Transport – sont écartés en 1941, 1942 et 1943, et remplacés par des administrateurs provisoires désignés par le régime de Vichy.


Courrier de la Société Parisienne d'Ebenisterie (1947)  

vendredi 22 juillet 2016

Old Factories in Paris

A map to discover the old factories in Paris presented on this blog (and some others...). Just click on each old factory to learn more !