samedi 5 mai 2012

Des bébés dans une usine




26 rue Saint-Roch 75001 
Métro Pyramides


   Des bébés dans une usine ! En plein Paris ! Etonnant tableau que celui offert au 26 de la rue Saint-Roch, non loin des Tuileries. La crèche municipale qui s’y trouve est logée dans une ancienne usine électrique, une de ces "sous-stations" qui fleurirent dans la capitale pour transformer en courant continu à basse tension l’électricité venue de plus grandes centrales.


Après avoir été l’adresse dans les années 1860 d’un magasin de "jupons perfectionnés" et autres "nouveautés", le 26 rue Saint-Roch avait déjà accueilli des enfants une première fois. En 1880, les Frères de la doctrine chrétienne y avaient installé une école privée, transférée une dizaine d’années plus tard juste en face, au 35-37, où elle se situe encore aujourd’hui.


Au début des années 1890, le déménagement des Frères des écoles chrétiennes laisse le champ libre aux ingénieurs de la Compagnie Parisienne de l’Air Comprimé. Cette entreprise fondée par un ingénieur venu d’Autriche avec ses brevets, Victor Popp, est alors en plein essor. Elle a monté le premier réseau d’air comprimé de Paris, et obtenu une concession pour distribuer l’électricité dans toute une partie de la capitale. Les premières centrales à vapeur construites rue Saint-Fargeau et boulevard Richard-Lenoir ne suffisant pas à fournir toute le courant nécessaire, la Compagnie se dote en 1893 de cette installation rue Saint-Roch.

L’architecte Louis-Thérèse David de Penanrun (1831-1899), un disciple de Baltard, est chargé des travaux. Il glisse entre les deux maisons voisines une ossature métallique, complétée par des briques et des pierres de taille. Au rez-de-chaussée, une vaste pièce de 22 mètres sur 13, remplie de transformateurs. Deux ponts roulants permettent de déplacer les pièces les plus pesantes. D’autres équipements, des réducteurs, des batteries, se trouvent dans les étages. "Dans les projets de la Compagnie, l’usine Saint-Roch est destinée à devenir un centre de transformation d’une puissance tout à fait exceptionnelle, annonce Henri Maréchal en 1894 dans L’Eclairage à Paris. Elle pourra, plus tard, alimenter jusqu’à 100.000 lampes."

Employés de la CPDE à la sous-station Saint-Roch
(Source: RTE)

En pratique, malgré un premier agrandissement réalisé très vite, Saint-Roch peine à répondre à l’incroyable envolée de la demande d’électricité dans ces années-là. La Compagnie doit ajouter rapidement d’autres installations quai de Jemmapes, puis rue de Mauconseil, rue de Sévigné et à Beaubourg. Malgré ces efforts, elle perd en 1907 la concession qu’elle avait décrochée pour distribuer l’électricité, et se recentre bon gré mal gré sur le seul air comprimé.

La ville de Paris unifie alors les différents réseaux, sous la houlette de la nouvelle Compagnie Parisienne de Distribution d’Électricité (CPDE), qui récupère notamment la sous-station Saint-Roch. Paul Friesé, l’architecte de la CPDE, retouche l’usine dès 1908. L’objectif consiste à mieux l’isoler des maisons adjacentes, afin que celles-ci ne soient plus secouées par les vibrations des dynamos. Le but est atteint en utilisant un fil d’acier qui scie délicatement les murs et les fondations. Comme avec un fil à couper le beurre. Un exploit technologique pour l’époque. Saint-Roch n’est pas le patron des tailleurs de pierre pour rien!

Depuis, la sous-station a été désaffectée, mais le bâtiment si caractéristique est toujours là, partagé entre une antenne de la protection civile et une crèche collective.

Un bébé peint en trompe-l'oeil sur la façade
(2011)

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