dimanche 13 mai 2012

Les deux usines d'eau du lointain Auteuil

Le Pavillon de l'eau, dans l'ancienne usine construite en 1900  (avril 2012)


75-77 avenue de Versailles, 75016 
Métro Mirabeau

   Avenue de Versailles, jetez d’abord un œil sur le Pavillon de l’eau, au numéro 75. Une belle halle industrielle, avec sa façade en plusieurs strates : un soubassement en meulière, puis un bandeau de pierre blanche, de la brique encadrant de grandes baies, enfin une corniche en métal. A l’intérieur, levez la tête pour admirer la charpente métallique, et imaginez l’usine d’eau qui fonctionna ici pendant la première moitié du vingtième siècle. Vous êtes dans l’ancienne salle des machines. De grosses chaudières à vapeur animaient des pompes permettant de puiser l’eau de la Seine, puis de la filtrer grossièrement et de l’envoyer jusqu’au réservoir de Passy et au bois de Boulogne. Cette eau non potable était ensuite utilisée dans une partie du 16ème arrondissement, notamment pour nettoyer les rues.
L'ancienne pompe à feu de Chaillot 


L'usine d’Auteuil est en quelque sorte le fruit d’une délocalisation. Auparavant, l’eau de la Seine était puisée grâce à une "pompe à feu", en réalité deux machines à vapeur installées en 1781 sur la colline de Chaillot par les frères Périer, Jacques-Constantin et Auguste-Charles. Il les avaient baptisées la Constantine et l’Augustine. 
Mais au bout d’un siècle de fonctionnement, et malgré le renouvellement des pompes, l’installation de Chaillot était devenue obsolète. "Les machines sont usées, en mauvais état, et consomment par conséquent une quantité de charbon qui n’est pas en rapport avec celle de la vapeur produite… La fumée qui sort des cheminées n’est pas d’un heureux effet dans un quartier dont l’importance augmente chaque jour", souligne un rapport de 1899. 

Décision est alors prise de fermer Chaillot, et de construire une nouvelle usine plus à l’écart du cœur de Paris, dans ce "lointain Auteuil, quartier charmant de mes grandes tristesses", selon la formule retenue quelques années plus tard par Apollinaire. 
"Le transfert d’une usine centrale dans un quartier moins habité et, par conséquent, sur des terrains d’une moindre valeur, aura pour avantage l’augmentation du débit des eaux à un prix peu élevé", se réjouissent les membres de la Chambre de commerce de Paris en décembre 1899.

Le lieu choisi, avenue de Versailles, accueillait déjà depuis 1828 une usine d’élévation de l’eau de Seine. La ville achète le terrain en 1900, et confie la construction de la nouvelle unité à la société Pacotte. En 1925, l’installation est agrandie, avec l’implantation d’une deuxième usine. 
L'usine B, datant de 1925

C’est de cette époque que datent les bâtiments en brique rouge visibles un peu plus loin sur l’avenue, au numéro 77. Les deux équipements ont fonctionné simultanément jusqu’au milieu des années 1950, date à laquelle l’ "usine A" a été désaffectée. Après avoir abrité un garage puis des services administratifs, elle a été transformée en 2007 en pavillon d’exposition sur l’eau.

L’ "usine B", quant à elle, a été modernisée en 1952, et l’électricité a remplacé le charbon. Aujourd’hui, cette station pompe toujours l’eau employée pour alimenter les lacs du bois de Boulogne, arroser les jardins publics et nettoyer une partie de l’ouest parisien. Mais c’est désormais la plus ancienne usine du genre dans la capitale, les deux autres datant de 1989 (La Villette) et de 1994 (Austerlitz), et la question de son avenir est posée. Hélas, elle ne se visite pas. 
Le fronton de l'usine B, frappé d'une date: 1925
(avril 2012)
La plaque de l'usine, au 77 avenue de Versailles
(avril 2012)

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