mardi 22 avril 2014

L'atelier d'Edgar Brandt boulevard Murat

Les initiales d'Edgar Brandt entrelacées sur la façade du 101 boulevard Murat (mars 2014)

101 boulevard Murat
Métro Porte de Saint-Cloud


"Certaines marques ne durent qu’un été, Brandt construit pour durer". Le slogan utilisé un temps pour vanter les lave-linge Brandt vaut aussi pour le bâtiment du boulevard Murat où a débuté l’aventure de cette entreprise. Imaginé par Edgar Brandt en 1919, cet immeuble du XVIe arrondissement a conservé malgré divers remaniements son élégance originelle. A l’angle avec la rue du Général Delestraint, il s’impose toujours par la sobriété de sa façade de brique claire, qui fait d’autant mieux ressortir l’imposant portail, la grille du balcon et la porte en fer forgé, marquée d’un somptueux monogramme "EB". 
Edgar Brandt vers 1925

D’origine alsacienne, Edgar-William Brandt (1880-1960) est le fils du directeur d’une entreprise de construction métallique. Après des études à l’école professionnelle de Vierzon où il apprend notamment à forger le fer, il s’installe comme ferronnier d’art à Paris, d’abord 76 rue Michel-Ange, puis au 101 boulevard Murat, avant même le déclenchement de la guerre. Pour les riches clients du quartier, il fabrique sur place des bijoux, des outils, des rampes, des enseignes en fer et cuivre forgés, etc.

En 1919, de retour à Paris après avoir été mobilisé, Brandt fait totalement reconstruire l’atelier du boulevard Murat. Bâti par l’architecte Louis Favier, l’endroit se veut à la fois un bureau d’études, une petite usine et un salon d’exposition et de vente des produits maison.


L'immeuble du 101 boulevard Murat (mars 2014)
D’emblée, Edgar Brandt se place dans une logique à la fois artistique et industrielle. Il souhaite produire en série, en utilisant  "l’outillage mécanique merveilleux que possède l’industrie", explique-t-il en décembre 1920 à l’occasion de l’inauguration de ses nouveaux locaux. "Réaliser perpétuellement des morceaux d’exception est marcher dans une voie sans issue", déclare-t-il. Plutôt que de vouloir plaire uniquement à une clientèle d’élite, "il faut que l’inventeur de formes s’efforce de faire pénétrer dans l’ensemble de la nation le goût et le sentiment moderne."

Quelques années plus tard, 72 portes d’immeubles, 600 portes d’immeubles, plusieurs kilomètres de rampes d’escalier et de balcons brillamment décorés sortiront ainsi du boulevard Murat, pour être installés dans les nouveaux immeubles à loyer moyen édifiés par la Ville de Paris à la place des fortifications.


L'angle tout en douceur du boulevard Murat
et de la rue du Général Delestraint (mars 2014)

Simultanément, Brandt se tourne vers une autre production de masse, celle d’armes. Durant la guerre, il avait mis au point un obusier, et obtenu une commande de près d’un millier d’unités. La paix revenue, il conçoit un mortier qui remporte le concours organisé par les autorités militaires pour améliorer l’équipement de l’infanterie. 

Au moment où la crise de 1929 freine les commandes de ferronnerie d’art, l’usine du boulevard Murat bénéficie opportunément du succès des armes Brandt. Face à l’afflux de commandes, le propriétaire des lieux achète même en 1931 l’usine de l’avionneur Émile Dewoitine à Châtillon-sous-Bagneux, en banlieue, l’agrandit, et y rassemble toutes ses activités.

Escalier intérieur
(photo Christine de la Celle)
La suite de la saga Brandt est marquée par un essor très important des activités d’armement, qui conduit à leur nationalisation par le Front populaire fin 1936. Replié boulevard Murat, Edgar Brandt investit l’indemnisation qu’il touche pour acheter de nouvelles usines, et se lance derechef dans la production d’armes dès la fin du Front populaire. 


Durant la seconde guerre mondiale, il se réfugie en Suisse. A la Libération, il n’a plus de responsabilités dans la nouvelle société Brandt, qui se diversifie dans les réfrigérateurs, les lave-linge, les caravanes, etc., et fait de son nom, devenu une marque, un synonyme de qualité.

En 1956, la société Brandt fusionne avec le petit industriel de l'automobile Hotchkiss, puis dix ans plus tard avec la compagnie Thomson Houston, donnant naissance au groupe Thomson-Brandt. Dans les années 1980, Edgar Brandt est mort depuis plus de vingt ans, mais le 101 boulevard Murat est toujours dans le groupe, et sert de siège à la société Thomson-CSF.

Depuis 2010, l’immeuble, classé à l’inventaire des monuments historiques, sert de "show-room" au groupe américain de meubles haut de gamme Haworth.

Rampe de l'escalier
(photo Christine de la Celle)

3 commentaires:

  1. Encore une fois, un article bien intéressant.

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  2. Une petite précision, Hotchkiss était un fabricant d'armes et d'automobiles fondé en France par un américain.

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