lundi 15 juin 2015

Les chaussures Pinet, l’industrie rue de Paradis

La façade du 44 rue de Paradis, avec ses inscriptions et ses cariatides


La rue de Paradis, non loin de la gare de l’est, a été au dix-neuvième siècle un haut lieu industriel. A l’époque où elle s’appelait encore rue Paradis-Poissonnière, elle accueillait des entreprises de fonderie, de cristal, de porcelaine, de faïence, de textile, etc. Les immeubles de la manufacture de chaussures François Pinet, aux numéros 42 et 44, témoignent de ce passé.

La façade la plus spectaculaire est celle du 42. Entre le rez-de-chaussée et le premier étage, on peut toujours y lire les inscriptions «CHAUSSURES», «F PINET» et de nouveau «CHAUSSURES» sur un fond de mosaïque. Juste au-dessus, deux cariatides, œuvres du sculpteur Léon Auguste Perrey, symbolisent le travail (à gauche) et le commerce (à droite).

François Pinet est né 1817 à Château-la-Vallière (Indre-et-Loire). Son père était déjà cordonnier. En 1830, à 13 ans, il est placé en apprentissage chez un cordonnier du voisinage puis, en 1830, entame le traditionnel tour de France des compagnons. 

C’est en 1855 qu’à 37 ans, alors qu’il maîtrise toutes les techniques du métier, il prend un tournant décisif. Il quitte son employeur parisien, la maison Lucien Dreyfus, et crée sa propre société. Installé rue du Petit Lion Saint-Sauveur, l’actuelle rue Tiquetonne, en plein centre de Paris, il démarre avec quelques ouvriers seulement. 

Il exploite notamment les deux procédés qu’il a mis au point et fait breveter l’année précédente pour fabriquer des talons de chaussure moulés. L’extérieur est en cuir, mais l’intérieur est rempli de gutta-percha, de caoutchouc ou d’autres matières. Sa méthode permet de réduire le temps et le coût de fabrication.


François Pinet
Le succès est au rendez-vous. Si bien qu’en 1864, François Pinet fait construire de plus grands bâtiments au 44, rue Paradis-Poissonnière. Eclairés par une vaste verrière, ils associent des ateliers, des bureaux et un magasin. 

L’expansion de la Société des Chaussures F. Pinet se lit dans la géographie. En 1876, l’inventif cordonnier devient propriétaire du 42 de la rue Paradis, et du 3 et du 5 rue des Messageries, et peut ainsi étendre ses ateliers. 

Puis en 1885-1886, il reconstruit les bâtiments, comme le confirme l’indication «1886 Architecte R Gravereaux» sur celui du 44. 

Quatre étages d’habitation seront ajoutés bien plus tard, en 1925.

Au faite de sa puissance, François Pinet emploie 1200 personnes, et vend ses chaussures bien au-delà des frontières. « Ses élégantes chaussures ornent les pieds des Javanaises de tous les rangs », relève dès 1862 le Grand album des célébrités industrielles contemporaines. Il est considéré comme l’une des figures de la profession, porté à la tête de la fédération patronale du secteur, et obtient la légion d’honneur. Franc-maçon, il progresse parallèlement dans l’organisation maçonnique. 

Présentation de la manufacture F. Pinet en 1864 (doc BNF)

S’inspirant des idées sociales de Louis Blanc, il prend des mesures progressistes au sein de son entreprise : réduction du temps de travail, assurances chômage, maternité, maladie, retraite. 

«À lui tout seul il représente la seconde révolution industrielle du XIXe siècle : industrialisation de la fabrication des chaussures, réformes sociales et réorganisation du travail, gestion des coûts et du marché, nouvelles technologies», commente son arrière-arrière petit-fils Xavier Gille dans l’ouvrage qu’il lui a consacré («François Pinet, bottier des élégantes, 1817-1897», Éditions Hugues de Chivré, juin 2011).

Affiche publicitaire pour "la chaussure F. Pinet, Paris"

Après sa mort en 1897, la société des chaussures Pinet participe à la grande recomposition de cette industrie. Elle figure dans les années 1920-1930 parmi les nombreuses entités du "trust de la chaussure" aux mains du duo Nathan Ehrlich-Albert Oustric

Quand ce petit empire fait faillite, en février 1934, emporté dans un scandale, les chaussures Pinet disparaissent dans la débâcle. Fini le paradis…

4 commentaires:

  1. Mais il existe toujours des magasins de chaussures Pinet. Ils produisent encore (en fabricant à l'étranger)? Ils sont devenus distributeurs ?

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  2. Je viens de visiter votre site et je l'ai trouvé très utile dans lequel vous avez décrit à propos des usines à Paris et s'il vous plaît continuer à partager plus.

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    Merci.
    Belle fin d'été.
    Amitiés.
    Roger

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